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samedi, 07 juin 2014 13:15

Les prédateurs du rennes de Laponie

En Laponie, les rennes sont semi-domestiques. Ce qui veut dire qu’ils ne sont pas enfermés dans une ferme mais qu’ils se déplacent dans la nature en étant plus ou moins dirigés par l’homme (en fonction des pays mais aussi du choix de l’éleveur). Vivant ainsi librement entre forêt et toundra, ils sont confrontés à des prédateurs.

Les rennes pâturent librement en Laponie, Niilanpää, Finlande

Les prédateurs du renne :

L’ours : cet immense mammifère est trop imposant pour se déplacer efficacement dans la neige. Face à cette difficulté à se déplacer et donc à se nourrir, l’ours a adopté la tactique de l’hibernation : il va dormir d’Octobre à Avril, adaptant son organisme (diminution du rythme cardiaque, rétrécissement de son estomac, baisse de sa température corporelle…) pour passer l’hiver grâce à ses réserves accumulées pendant l’été. Lors de son réveil au printemps il est essentiellement végétarien, jusqu’à l’automne où il va avoir un régime plus de carnivore afin de faire le plein de protéine pour l’hiver à venir. Il cause alors des dégâts dans les troupeaux de rennes.

Un ours en Laponie . Crédit photo : Metsähallitus

Le loup : comme en France, le loup est particulièrement mal aimé des éleveurs. Ce n’est pourtant pas celui qui fait le plus de dégâts dans les troupeaux, mais c’est une crainte ancestrale. Il faut dire que le renne n'est pas assez rapide pour échapper à un loup pour qui il est donc une proie assez facile.

Le lynx : ce félin mesure entre 80 et 130cm et pèse entre 18 et 25kg. Un adulte a besoin de 1 kg de viande par jour et son régime alimentaire s’oriente principalement vers les cervidés c’est-à-dire les cerfs, les élans et les rennes.

Le glouton : cet animal est complétement inconnu en France et pour cause cet animal préfère les régions nordiques. Mais son nom anglais vous dit peut être quelque chose : wolverine. Un glouton c’est un peu comme un ours en beaucoup plus petit (70 à 83 cm), un adulte pèse entre 10 et 25kg. Et contrairement à l’ours, ils se déplacent sans aucun problème sur la neige ce qui facilite sa tâche à la chasse qu’ils pratiquent pour se nourrir mais aussi pour le plaisir. Lorsqu’il ne mange pas toute la carcasse, le glouton cache des réserves dans les arbres. Ce n’est cependant pas dans les arbres qu’il vit et abrite ses petits, mais dans une caverne sous-terraine.

 L’aigle royale : Non, vous ne rêvez pas, des aigles peuvent effectivement s’attaquer à des rennes, à l’aide de ses longues serres et de sa vitesse, un aigle royale a suffisamment de puissances pour s’attaquer à un faon, comme un renne adulte. En Norvège, un grand nombre de rennes sont déclarés  par les éleveurs comme tués par des aigles, mais très peu sont reconnus comme tels par l'Etat. En Finlande c’est assez rare mais quelques cas sont reconnus chaque année.

 

Glouton au musée Saami, Karasjok, Norvège

Ces prédateurs ont-ils un impact sur l’élevage de rennes ?

Il s’agit d’un vrai problème auquel sont confrontés les éleveurs de rennes. En effet, la population de ces prédateurs est en croissance permanente et la situation la plus préoccupante est en Finlande où leur population a juste explosé :

 

Loups

Lynx

Ours

Glouton

Années

1987

2000

1987

2000

1987

2000

1987

2000

Nombres d’animal

105

130

580

855

450

850

55

115

Augmentation

23 %

40 %

89 %

109 %

Nombres de rennes tués

142

270

108

136

179

716

93

1682

Augmentation

90 %

26 %

300 %

1 708 %

Source: Sustainable Reindeer Husbandry – Arctic Concil 2000 - 2002

Le nombre de rennes tués par ces prédateurs a augmenté de 531% entre 1987 et 2000. D’autant qu’à cela viennent s’ajouter les pertes de rennes dues aux maladies et aux accidents (cela représente en moyenne 36 à 15% des pertes de rennes). Si le nombre de perte lié aux prédateurs a autant augmenté c’est notamment à cause du programme de protection de ses prédateurs mit en place par l’Union Européenne. Depuis les éleveurs n’ont aucune solution pour limiter le nombre de prédateurs.

Vous avez peut être remarqué que je n’ai pas exposé de chiffre lié à l’aigle royal. D’une part, parce que, bien que l’aigle royale s’attaque aux rennes, il n’y a pas de statistique le chiffrant. Et d’autre part, parce que la population d’aigles royales est assez faible, notamment du fait de l’étendue de leur territoire par aigle qui limite la possibilité d’une augmentation de la population. Ainsi, la population d’aigle royale est naturellement faible.

Aigle royale dans le parc national Urho Kekkonen, Finlande. Crédit Photo : Metsähallitus

Les Etats payent des compensations face à ses pertes

La Finlande et la Norvège versent une somme compensatoire aux éleveurs lorsqu’un renne est déclaré comme tué par un prédateur et que cela est confirmé par l’Etat. En Norvège, moins de 20% des déclarations sont confirmées. De plus, la compensation ne peut pas remplacer la valeur d’un renne. Car c’est un renne en moins mais c’est aussi une naissance en moins à venir (car le troupeau est majoritairement composé de femelle), un vrai manque à gagner pour l’éleveur.

En Suède, le système de compensation est complètement différent. Les éleveurs ne reçoivent pas une compensation pour un renne tué, mais en fonction du nombre de naissance de prédateurs, chaque  prédateur ayant un quota en fonction du nombre de renne dans la zone d’élevage. La somme compensatoire est alors versé au village pour être redistribuer ensuite aux éleveurs. Ainsi en 1998, un éleveur pouvait recevoir 58€ pour un renne tué, quand la valeur d’un renne vivant est en moyenne de 1 200€.

Ce problème de prédateur existe depuis toujours dans l’élevage de rennes. Et les éleveurs l’ont toujours accepté même si évidemment ils essayent de le limiter. Ce qui pose aujourd’hui problème c’est la croissance très forte de ces prédateurs. Et bien qu’ils soient indemnisés pour les pertes, ces indemnisations ne concernent que les animaux retrouvés. Hors, quand en 2013, 5263 rennes ont été retrouvés tué par un prédateur, on estime que près de 3 000 ne sont jamais retrouvés et donc non indemnisés.

Publié dans Infos Laponie