SAMES
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L’été dernier, je vous racontais le déroulement des marquages de rennes auxquels j’avais participé et où l'on marque les rennes en fonction de leur propriétaire. Ces rassemblements où l’on doit attraper les rennes, les observer et les attraper de nouveau pour les marquer, le tout sous le soleil de minuit et au milieu des moustiques. Vous imaginez bien que l’idée d’y participer à nouveau ne m’a jamais quitté, et que j’attendais ce moment avec une grande impatience. Et surtout avec l’espoir que les éleveurs n’oublient pas de m’avertir.

Marquage des rennes sous le soleil de minuit (1h05)

« Où es-tu ? Les marquages ont commencé ». Un SMS, et me voilà sur la route. Mon sac à dos était prêt depuis plusieurs jours : vêtements, sac de couchage, nourritures, anti-moustique et appareil photo. Destination Vuotso, village Sami rattaché à la commune de Sodankylä et situé à quelques 200 km au nord de Rovaniemi. C’est dans ce même village que j’avais participé aux marquages l’été dernier. Que de souvenirs, et que de hâte de retrouver les éleveurs que je connais, mais aussi de retrouver les rennes et leur faon.

Des heures passées au milieu des rennes et à les observer

Il est 15 heures lorsque j’arrive à mon premier marquage. Et bien qu’il soit très tôt, les éleveurs en sont déjà à la deuxième partie du marquage, à savoir la phase d’observation. L’année dernière la chaleur assommante imposait aux éleveurs de pratiquer le marquage lorsque les températures étaient plus clémentes, c’est-à-dire la nuit, pour préserver les faons. Cette année, l’été est frais, on approche difficilement les 20° et on peut donc pratiquer le marquage bien plus tôt dans la journée.

 

Sous un temps frais et humide, les faons cherchent leur mère

Cependant la fraîcheur implique également moins de moustiques. Point positif pour moi, mais négatif pour les éleveurs qui ont bien plus de difficultés à regrouper les rennes. Car les moustiques poussent les rennes à se regrouper par instinct et c’est alors bien plus facile de les déplacer. De plus, les rennes aiment la fraîcheur et sont très dynamiques à de faibles températures, et donc plus difficiles à gérer que sous une chaleur qui les assomme littéralement. A cause de ces difficultés, ce jour-là nous avons fait deux rassemblements de troupeaux de petites tailles (moins de 200 faons).

La fraîcheur leur donne des forces, et moi je lutte pour les attraper 

Pour moi, ce premier marquage de l’été, c’était comme Noël, que l’on attend depuis le 1er Décembre et le 1er chocolat. Ce marquage, je l’attendais depuis mon retour en Finlande. Mais ce qui fut encore plus beau que le fait d’être enfin au milieu des rennes, c’était ces éleveurs qui sont venus me voir pour me dire simplement « t’es revenu, tu nous as pas oublié ». Il y avait comme une reconnaissance mutuelle : je ne les ai pas oublié, mais ils ne m’ont pas oublié non plus. Quel plaisir de se sentir intégrée un peu plus parmi ses éleveurs. Et surtout, comment les oublier…

Comment oublier ces moments parmi les éleveurs et leurs rennes

J’ai ainsi passé 4 jours parmi les éleveurs. Chaque jour j’attendais le SMS ou l’appel qui m’indiquerait où aller et à quelle heure. Chaque soir je mangeais parmi des éleveurs. J’avais un stock de saucisses, le repas typique de la région pour un repas sur le pouce près du feu. Mais le meilleur, reste évidemment le renne. Un éleveur m’a offert un morceau à griller de renne fumé issu de la cuisse d’un mâle castré. Je ne peux pas vous expliquer à quel point c’est délicieux, y a pas de mot pour ça ! 

Du renne grillé = Bacon x 1000 

Chaque soir je voyais les rennes arriver poursuivis par les quads. Ce bruit des sabots sur le sol, ces cris des éleveurs pour les pousser vers l’enclos. Chaque soir j’attrapais les faons pour leur mettre un numéro. Chaque soir je passais des heures à les regarder courir, chercher leur faon ou chercher leur mère et se trouver. Sentir se soulagement de cette retrouvaille. Et chaque soir, je les attrapais à nouveau pour les donner à leur propriétaire. Une répétition qui n’en est finalement pas une, chaque rassemblement est unique. Un moment de vie, un moment privilégié au milieu de ces rassemblements qui se répètent depuis des siècles, tout en étant singuliers. Je capte chaque moment, et je le savoure, comme une tranche de renne fumé grillé sur le feu.

Arrivée des rennes et des éleveurs

 

Au milieu des faons pour leur mettre un numéro

Pendant l'observation des rennes, les faons tentent de reprendre des forces auprès de leur mère

Publié dans Journal de Bord
lundi, 06 avril 2015 14:13

Retour en Finlande

Comme certains ont pu le constater via les réseaux sociaux (que ce soit Facebook ou Twitter), je suis de retour en Finlande. Après avoir quitté Kiilopää, mon petit chalet, mes collègues et les rennes, le retour en France a été bien difficile. J’étais bien sûre très heureuse de retrouver ma famille et mes amis, mais tout était différent.

A mon retour en France, j'avais l'impression de ne plus être sur la même route que mon entourage.

Bien que mon voyage intéresse mon entourage et que j’apprécie de le raconter, il y a ce sentiment qu’ils ne peuvent pas comprendre, qu’ils manquent quelque chose. Ce n’est pas de la prétention, c’est juste que les mots et les photos ne peuvent pas transmettre ce vécu, ces odeurs, ces sentiments, il faut simplement le vivre. Je peux (et je vais) vous raconter une soirée d’aurore boréale, mais ce que l’on ressent dans ces moments ne peuvent être compris que lorsqu’on les vit. C’est ce qui rend difficile le retour… Et a influencé mon retour.

Retour en Finlande, à Rovaniemi cette fois.

Je suis donc à Rovaniemi pour les 6 prochains mois, où je travaille à l’Arctic Center dans le cadre de mes études. Je suis vraiment très heureuse de pouvoir travailler dans un tel lieu et si bien entourée. Je ne parle pas seulement de Léon de la Teamgivrés qui y travaille aussi et qui me supporte chaque jour, mais de ces chercheurs de tout horizon qui font vivre le centre.

L'Arctic Center, mon lieu de travail.

Ici je retrouve mes anciens amis et collègues, pour certains qui travaillent dans le bâtiment juste en face, pour d’autre il faut aller jusqu’à Kiilopää, Ivalo ou Inari pour les retrouver. Mais c’est tellement un plaisir de les revoir. De se rappeler des souvenirs de l’année passée et pour le coup, eux les comprennent parce qu’ils les ont vécu à mes côtés.

 

Revoir six mois plus tard mon amie Anu qui m'avait emmené à un marquage de rennes avec sa famille.

Je suis de retour et j’espère bien en profiter et vous le faire partager !

Je tiens aussi à remercier Akammak et Baladéo qui me soutiennent toujours dans mes projets, et la Mairie d’Emerainville qui me soutient dans cette nouvelle aventure. 

Publié dans Journal de Bord

Le lac d’Inari, passage obligatoire en Finlande, que ce soit en hiver ou en été. En hiver je l’ai découvert lors des courses de rennes qui se déroulent sur ce lac et dont je vous parle dans cet article : « Porokilpailut : ça court vite un renne ». Mais aujourd’hui, je vais vous parler de ma découverte du lac en été, lors d’une partie de pêche avec des amis.

Ce lac est extraordinaire, de par sa taille tout d’abord, mais aussi par le nombre d’îles qui le compose. Ce n'est pas pour rien qu’on le surnomme le lac aux 1 000 îles. En réalité on dénombre pas moins de 4 350 îles, parfois petites, parfois plus grandes, parfois avec une maison, parfois désertes, parfois même sacrées, mais jamais banales.

Nellim, petit village bordant le sud du lac Inari à quelques kilomètres de la frontière Russe, et très connu des touristes pour son église orthodoxe. Mais pour les finlandais ce village c’est là où se déroule une grande compétition de pêche. Alors quand une amie m’a proposé d’y participer, j’ai sauté sur l’occasion pour découvrir cette activité et passer un weekend mémorable.

Arc en ciel sur le lac Inari au milieu du déluge

Après une semaine sous une chaleur étouffante, me voilà en direction de Nellim pour le week-end. Une éleveuse de rennes m’a proposé d’aller pêcher avec son mari et un ami. Me voilà prenant un verre avec mes amis dans le Wilderness Hotel… dans, oui car un gros orage vient d’éclater, et nous patientons pour savoir si la compétition est maintenue ou non. Finalement, l’orage cesse, la pluie aussi, et malgré le vent nous péchons une bonne partie de la soirée. Au bout de la compétition nous avons 4 poissons et nous finissons 4ème de la compétition, mais l’essentiel n’est pas là. Le temps passé avec mes amis, à discuter de tout et de rien, croisant d’autres pêcheurs, attrapant de temps à autre un poisson, mais surtout rigolant et profitant du paysage. A la fin de la compétition, il est temps d’aller au refuge.

Et oui, j'ai quand même réussi à attraper quelques poissons

Nous prenons le bateau et nous voguons vers le refuge. Une dizaine de minutes que je savoure pleinement, cheveux aux vents, traversant à toute allure ce lac dont je ne cesse d’entendre parler et qui me fascine, observant chaque île que nous croisons, est-elle habitée ? Est-elle sacrée ? Respirant l’air si frais et pur, je me laisse tout simplement envoûter par l’instant. Puis nous arrivons près d’une grande île qui abrite un petit refuge. Tout cela est si loin du monde d’où je viens et je m’y sens pourtant tellement à l’aise. Ce refuge d’éleveur est un chalet en bois, avec une seule pièce qui sert de cuisine, de chambre et de salon. Accolé au chalet, le sauna bien sûr, indispensable pour se détendre et se laver. Un peu à l’écart on trouve une cabane pour le bois et une autre pour les toilettes. Sérieusement, que demander de plus ? Là, sur cette petite île, nous avions tout ! Ah oui j’oubliais, nous avions un jeu de carte, donc oui, nous avions tout !

Le lendemain, nous repartons pêcher sur le lac. Le ciel est couvert, et je suis un peu fatiguée. Le bateau avance, le fil de ma canne à pêche traîne dans l’eau, et moi, je m’endors… Je dormais bien lorsqu’un poisson vient mordre à l’hameçon. Réveille en sursaut et je commence par engueuler Léo parce que je suis sure qu’il me fait une blague, mais non c’est bien un poisson ! Doucement j’essaye de le ramener à moi, tranquillement, pour qu’il ne se sauve pas… Raté... Il s'est sauvé. Fou rire avec mes amis. Puis j’ouvre vraiment les yeux, je n’ai aucune idée d’où nous sommes sur le lac, mais tout est magnifique, le ciel et les îles sont magnifiques et se reflètent dans le lac. Et nous pêchons, sur ce paradis. Toute la journée à pêcher, manger et boire. Et quand il est l’heure de rentrer, c’est pour cuisiner le poisson fraîchement pêché. Quel régal autant pour les yeux que pour le palais. Mais avant de passer à table nous allons au sauna. Ce moment de détente que j’apprécie maintenant à sa juste valeur, et dont je peux profiter aussi longtemps que je le souhaite sans avoir l’impression de subir la chaleur, serai-je devenue Finlandaise ?

Il est l’heure de dormir. Mais comment dormir après une telle journée ? Comment dormir au risque que le temps ne passe et ne m’oblige à rentrer. Non pas que je ne veuille pas retourner à Kiilopää. Mais je suis bien là. J’étais bien là.

Thank you Virpi to invited me for this amazing weekend !

Publié dans Journal de Bord

Avec la sélection durant l’hiver, le marquage est le deuxième moment de l’année où l’éleveur regroupe ses rennes dans des enclos. Le marquage se déroule entre Juin et Juillet et dure en moyenne deux semaines. L’arrivée des moustiques indique quand commencer, les rennes se regroupent alors pour migrer et fuir les moustiques et les éleveurs peuvent ainsi facilement rassembler les troupeaux et les diriger vers les enclos.

Certains éleveurs n’ont pas assez de rennes pour ne vivre que de l’élevage et ont un autre travail pendant l’été, le marquage se déroule donc la nuit et peut durer jusqu’au matin, selon le nombre de rennes rassemblés.

Le troupeau est amené dans un premier enclos à l’aide des quads. Le bruit quand le troupeau arrive de la forêt est assez incroyable, les sabots frappant le sol, ça me fait toujours penser aux gnous dévalant la vallée sur Simba (cf. « Le Roi Lion »)... Une fois les rennes dans l’enclos principal, on les amène par petits groupes dans un autre enclos plus petit qui va permettre d’attraper les faons afin de leur accrocher un numéro autour du cou.

Pendant cette étape, les éleveurs peuvent aussi castrer les mâles âgés de 5 ans et mettre un collier de couleur autour de certaines femelles. Ce collier a plusieurs objectifs. Le premier est de d’identifier plus facilement le propriétaire du renne, très utile pour que les enfants apprennent à reconnaître les marques de leur famille. Ces colliers peuvent être équipés de bande réfléchissante afin de de rendre le renne plus visible la nuit et d’éviter de nombreux accidents, mais aussi de GPS permettant de localiser le renne et probablement le troupeau. Le collier est aussi une réponse à la menace des prédateurs. En effet, les oreilles du renne peuvent être mangées par le prédateur, empêchant ainsi l’identification du propriétaire.

Une fois ces deux opérations effectuées, on libère les rennes dans un grand enclos. On répète cette opération jusqu’à ce que tous les faons du troupeau aient un numéro.

C’est alors que débute la deuxième étape : la phase d’observation. Les rennes sont dans un grand enclos où ils sont moins stressés par la présence des éleveurs. Les faons cherchent leur mère et les mères cherchent leur petit. Les éleveurs observent et notent quelle mère correspond à chaque petit et donc quel est le propriétaire du faon. Les éleveurs se réunissent une première fois, afin de rassembler leurs observations sur une grille finale : à chaque numéro va correspondre un éleveur. Mais plusieurs éleveurs peuvent avoir relevé le même faon (c’est-à-dire qu’ils ont relevé chacun une mère différente pour un même faon), ils vont alors observer ensemble pour connaitre le propriétaire. L’observation continue ainsi jusqu’à ce que tous les faons est un propriétaire.

Troisième étape : le marquage. Comme pour la première étape, on amène les rennes par petits groupes dans l’enclos central. On doit alors attraper une nouvelle fois les faons, les amener à la personne qui dispose de la liste pour connaitre le propriétaire du faon, et à ce moment-là, l’éleveur peut enfin apposer la  marque du propriétaire et celle de la coopérative sur les oreilles du faon. Les rennes sont alors libérés dans un enclos plus grand puis seront relâchés une fois tous les faons marqués.

Les méthodes pour chaque étape peuvent varier, en fonction du nombre de participants, de la coopérative et de l’enclos (qui dépends du nombre de rennes), mais le principe est toujours le même. Par exemple, certains préfèrent marquer les rennes debout, alors que d’autres préfèrent les marquer au sol.

Le marquage n’est pas une étape comme les autres dans l’élevage de rennes. L’élevage de rennes est un élevage familial et le marquage en est l’illustration car c’est une grande fête familiale. Les enfants sont habitués très jeunes à être au milieu des rennes dans l’enclos (ce qui peut être très impressionnant) et à reconnaitre la marque de leur famille.

J’ai eu la chance de participer à trois marquages, avec deux coopératives différentes. Je les aidais en regroupant les rennes dans les petits enclos et en attrapant les faons. Le fait de les aider m’a permis de m’intégrer plus facilement dans la communauté des éleveurs et j’ai ainsi pu avoir de nombreux contacts qui m’aident pour en savoir plus sur l’élevage de rennes et sur les difficultés qu’ils peuvent rencontrer aujourd’hui. Et hormis un bon coup de boule de la part d’un faon, ces moments resteront une étape très forte de mon voyage en Laponie.

Publié dans Infos Laponie
samedi, 07 juin 2014 13:15

Les prédateurs du rennes de Laponie

En Laponie, les rennes sont semi-domestiques. Ce qui veut dire qu’ils ne sont pas enfermés dans une ferme mais qu’ils se déplacent dans la nature en étant plus ou moins dirigés par l’homme (en fonction des pays mais aussi du choix de l’éleveur). Vivant ainsi librement entre forêt et toundra, ils sont confrontés à des prédateurs.

Les rennes pâturent librement en Laponie, Niilanpää, Finlande

Les prédateurs du renne :

L’ours : cet immense mammifère est trop imposant pour se déplacer efficacement dans la neige. Face à cette difficulté à se déplacer et donc à se nourrir, l’ours a adopté la tactique de l’hibernation : il va dormir d’Octobre à Avril, adaptant son organisme (diminution du rythme cardiaque, rétrécissement de son estomac, baisse de sa température corporelle…) pour passer l’hiver grâce à ses réserves accumulées pendant l’été. Lors de son réveil au printemps il est essentiellement végétarien, jusqu’à l’automne où il va avoir un régime plus de carnivore afin de faire le plein de protéine pour l’hiver à venir. Il cause alors des dégâts dans les troupeaux de rennes.

Un ours en Laponie . Crédit photo : Metsähallitus

Le loup : comme en France, le loup est particulièrement mal aimé des éleveurs. Ce n’est pourtant pas celui qui fait le plus de dégâts dans les troupeaux, mais c’est une crainte ancestrale. Il faut dire que le renne n'est pas assez rapide pour échapper à un loup pour qui il est donc une proie assez facile.

Le lynx : ce félin mesure entre 80 et 130cm et pèse entre 18 et 25kg. Un adulte a besoin de 1 kg de viande par jour et son régime alimentaire s’oriente principalement vers les cervidés c’est-à-dire les cerfs, les élans et les rennes.

Le glouton : cet animal est complétement inconnu en France et pour cause cet animal préfère les régions nordiques. Mais son nom anglais vous dit peut être quelque chose : wolverine. Un glouton c’est un peu comme un ours en beaucoup plus petit (70 à 83 cm), un adulte pèse entre 10 et 25kg. Et contrairement à l’ours, ils se déplacent sans aucun problème sur la neige ce qui facilite sa tâche à la chasse qu’ils pratiquent pour se nourrir mais aussi pour le plaisir. Lorsqu’il ne mange pas toute la carcasse, le glouton cache des réserves dans les arbres. Ce n’est cependant pas dans les arbres qu’il vit et abrite ses petits, mais dans une caverne sous-terraine.

 L’aigle royale : Non, vous ne rêvez pas, des aigles peuvent effectivement s’attaquer à des rennes, à l’aide de ses longues serres et de sa vitesse, un aigle royale a suffisamment de puissances pour s’attaquer à un faon, comme un renne adulte. En Norvège, un grand nombre de rennes sont déclarés  par les éleveurs comme tués par des aigles, mais très peu sont reconnus comme tels par l'Etat. En Finlande c’est assez rare mais quelques cas sont reconnus chaque année.

 

Glouton au musée Saami, Karasjok, Norvège

Ces prédateurs ont-ils un impact sur l’élevage de rennes ?

Il s’agit d’un vrai problème auquel sont confrontés les éleveurs de rennes. En effet, la population de ces prédateurs est en croissance permanente et la situation la plus préoccupante est en Finlande où leur population a juste explosé :

 

Loups

Lynx

Ours

Glouton

Années

1987

2000

1987

2000

1987

2000

1987

2000

Nombres d’animal

105

130

580

855

450

850

55

115

Augmentation

23 %

40 %

89 %

109 %

Nombres de rennes tués

142

270

108

136

179

716

93

1682

Augmentation

90 %

26 %

300 %

1 708 %

Source: Sustainable Reindeer Husbandry – Arctic Concil 2000 - 2002

Le nombre de rennes tués par ces prédateurs a augmenté de 531% entre 1987 et 2000. D’autant qu’à cela viennent s’ajouter les pertes de rennes dues aux maladies et aux accidents (cela représente en moyenne 36 à 15% des pertes de rennes). Si le nombre de perte lié aux prédateurs a autant augmenté c’est notamment à cause du programme de protection de ses prédateurs mit en place par l’Union Européenne. Depuis les éleveurs n’ont aucune solution pour limiter le nombre de prédateurs.

Vous avez peut être remarqué que je n’ai pas exposé de chiffre lié à l’aigle royal. D’une part, parce que, bien que l’aigle royale s’attaque aux rennes, il n’y a pas de statistique le chiffrant. Et d’autre part, parce que la population d’aigles royales est assez faible, notamment du fait de l’étendue de leur territoire par aigle qui limite la possibilité d’une augmentation de la population. Ainsi, la population d’aigle royale est naturellement faible.

Aigle royale dans le parc national Urho Kekkonen, Finlande. Crédit Photo : Metsähallitus

Les Etats payent des compensations face à ses pertes

La Finlande et la Norvège versent une somme compensatoire aux éleveurs lorsqu’un renne est déclaré comme tué par un prédateur et que cela est confirmé par l’Etat. En Norvège, moins de 20% des déclarations sont confirmées. De plus, la compensation ne peut pas remplacer la valeur d’un renne. Car c’est un renne en moins mais c’est aussi une naissance en moins à venir (car le troupeau est majoritairement composé de femelle), un vrai manque à gagner pour l’éleveur.

En Suède, le système de compensation est complètement différent. Les éleveurs ne reçoivent pas une compensation pour un renne tué, mais en fonction du nombre de naissance de prédateurs, chaque  prédateur ayant un quota en fonction du nombre de renne dans la zone d’élevage. La somme compensatoire est alors versé au village pour être redistribuer ensuite aux éleveurs. Ainsi en 1998, un éleveur pouvait recevoir 58€ pour un renne tué, quand la valeur d’un renne vivant est en moyenne de 1 200€.

Ce problème de prédateur existe depuis toujours dans l’élevage de rennes. Et les éleveurs l’ont toujours accepté même si évidemment ils essayent de le limiter. Ce qui pose aujourd’hui problème c’est la croissance très forte de ces prédateurs. Et bien qu’ils soient indemnisés pour les pertes, ces indemnisations ne concernent que les animaux retrouvés. Hors, quand en 2013, 5263 rennes ont été retrouvés tué par un prédateur, on estime que près de 3 000 ne sont jamais retrouvés et donc non indemnisés.

Publié dans Infos Laponie
dimanche, 20 avril 2014 14:56

Porokilpailut : ça court vite un renne

80 km au nord de Saariselkä, 2 heures de bus et me voilà arrivée à Inari, Petit patlin perdu entre la forêt et un immense lac. C’est parti pour trois jours que j’attendais avec impatience !

Le musée SIIDA

Le bus me dépose juste devant le musée SIIDA : premier objectif du weekend. Le musée dispose de plusieurs expositions dont une (ou deux je ne suis pas sûre) est temporaire. Quoi qu’il en soit, l’exposition sur la Laponie, sa nature et les Saamis n’est pas temporaire et elle est géniale ! Très bien construite : la Laponie, sa faune et sa flore sont présentées en fonction des saisons avec de très belles illustrations. Mais ce que j’ai préféré c’est l’exposition sous forme de bande chronologique, qui présente très clairement l’histoire des Saamis en fonction du territoire et de sa nature, mais aussi de l’histoire de la FenoScandinavie et de l’Histoire (avec des repères que l’on connait tous). Bref : un lieu à visiter si vous êtes intéressés par la culture Saami ou par la Laponie. En plus il y a une cafétéria très agréable (oui je me suis laissée tenter par un chocolat chaud) et une boutique qui vend des livres très bien (j’en ai feuilletés plusieurs et y en a même en français).

L'exposition sous forme de bande chronologique est très claire et parfaite pour comprendre l'évolution de la culture Saami

Porokilpailut : la course de rennes

La première course commençait à 11h le Samedi, mais je voulais y aller tôt au cas où je me perdrais dans la ville (ce qui en fait n’est pas possible c’est trop petit). Je suis donc arrivée à l’avance. Pas grave, j’en ai profité pour regarder les rennes dans l’enclos, mais surtout j’ai vu les skieurs, les mecs qui skient derrière les rennes en étant tractés par une motoneige (eh eh ça donne des idées !).

Les rennes dans l'enclos en attendant de courir 

 A 11h la première course ! Je sais plus si ma première réaction a été : « oh les fous ! » ou « c’est trop puissant ! ». Faut le voir c’est juste énorme et ça va très (très) vite, d’autant plus que les premières courses étaient du sprint sur 400 (ou 500) mètres. Après ces (trop) rapides qualif du sprint : place au lancer de lasso ! C’est super marrant à voir. Les concurrents doivent attraper des piquets à l’aide de leur lasso à des distances de plus en plus éloignées. Mais moi je voulais surtout voir les courses de rennes, encore et encore ! Et cette fois c’était une plus grande distance : 1 000 mètres ! Départ devant le public, puis il s’enfonce vers le lac avec un virage (alors l’écran géant est bien utile), puis la ligne d’arrivée de nouveau devant le public. Ah je me répète, mais c’est trop génial ! Cependant, un détail m’a déranger pendant cette journée : le vent. Je n’ai jamais autant souffert du vent. Certains pensent « oh la chochotte !», mais depuis, quand je dis que j’étais à la course de rennes tout le monde me parle directement de ce satané vent. Heureusement, celui-ci était bien moins violent le lendemain.

 

Couses de rennes à Inari 

Ce fameux lendemain l’ambiance était encore plus festive : le jour des finales ! Il y avait encore plus de Sames avec des tenues traditionnelles (adultes comme enfants). Pour le sprint il y avait trois finales, qualifiant chacune un renne pour la grande finale. On sentait qu’il y avait plus d’enjeu que la veille, et c’était d’autant plus sympa à regarder, même si moi je ne connaissais aucun renne (et je ne crois pas qu’il y avait des paris d’organisés).  Puis j’ai assisté à la final homme du lancer de lasso. Mon ami Samuel a participé comme jury, c’est-à-dire qu’il devait signaler si le concurrent avait attrapé le piquet ou non et retirer le lasso du piquet si c’était le cas. Après ça, je suis rentrée. Et oui pas d’autres courses de rennes pour moi. La personne qui devait me ramener travaillait l’après-midi, impossible pour lui de rester plus longtemps, et pour moi c’était la meilleure solution pour rentrer à Kiilopää. Mais je n’ai aucun regret : je sais que j’ai déjà beaucoup de chance d’avoir vu toutes ces courses et d’avoir pu assister à la final du sprint.

  

 

Compétition de lancer de lasso - Enfant avec une cape Saami

Et si vous vous demandez à quoi ressemble une course de renne : en voici une prise depuis ma GoPro : Lien Youtube

Publié dans Journal de Bord
samedi, 29 mars 2014 16:55

Le mont Kiilopää

Cette semaine je vous emmène dans un de mes endroits préférés : le mont Kiilopää !

 Direction le mont Kiilopää

Dès que j’ai envie de me dégourdir les jambes, je vais sur le Kiilopään Huip comme ils disent ici. Ce n’est pas bien haut (546m) donc facilement accessible à pied ou en raquette quand il a beaucoup neigé. Et même si je vais pas au sommet, je m’arrête au totem qui représente la limite de la forêt, et c’est déjà magnifique.

A la limite de la forêt, un moment magique

Ma découverte de Kiilopaa

La première fois que je suis allée sur Kiilopää, je ne suis pas allée jusqu’au sommet. C’était mon premier week end en Laponie, il faisait -25°C, mais ce n’était pas le problème. Le problème c’était le vent : dès qu’on prend un peu de hauteur le vent devient très puissant. Ce vent glacial et puissant m’a refroidit et décidé : je tenterai ma chance une autre fois !

C'est à dire que ça caille un peu par -25° avec le vent de Laponie

L’autre fois est arrivée mi-Février, je me suis levée un matin, me disant : aujourd’hui tu vas sur Kiilopää ! Il faisait -10°C et il y avait encore plus de vent qu’en Janvier, mais j’étais décidée. Et surtout il y avait pleins de rennes et je voulais VRAIMENT les prendre en photos de plus près. J’ai d’ailleurs mis 3h à arriver au sommet, non pas à cause d’une quelconque difficulté, simplement parce que je prenais ces fameux rennes en photos. Une fois arrivée au sommet j’avais une visibilité de 5 mètres tout au plus, et il y avait un vent énorme. Je découvrais un autre visage de la Laponie.

Au sommet, je vois rien, mais j'y suis ! 

Des rennes au sommet du kiilopää : ma motivation pour y arriver !

Maintenant que je connais ce petit mont, pourquoi j’y retourne tout le temps ?

Dès que le ciel est bleue, je file sur Kiilopää parce qu’alors on voit toute la Laponie s’étendre sous nos yeux ébahis : on peut même voir la Russie ! Voir cette immensité, entre désert blanc et forêt de sapin, à perte de vue…

 Petite pause sur Kiilopää pour profiter du paysage

Au coucher de soleil, qui dure une éternité, avec des couleurs tellement chaudes alors qu’on est loin du 0°C (en dessous évidemment), il n’y a pas de meilleurs points de vue.

Coucher de soleil en Janvier : -25°

Coucher de soleil en Mars : -10°

Le chemin est vraiment facile pour aller jusqu’au sommet, du coup on peut vraiment marcher la tête en l’air et regarder partout autour de nous, le paysage qui change tout le temps, en fonction de la luminosité, du vent, du ciel, le chemin n’est jamais le même finalement. Et puis avec un peu de chance vous ferez des jolies rencontres (et si vous ne les rencontrez pas, vous pourrez au moins voir leurs traces dans la neige). 

 

Découvrir un paysage nouveau à chaque fois

 

Rencontre avec un lagopède des saules 

Ou alors pour les plus rêveurs et téméraires (ou inconscient je sais pas) : aller regarder les étoiles et redescendre en luge !

Si vous passez par sur la route Rovaniemitie  par hasard, mais que vous n’avez pas le temps de vous arrêter skier la journée  au Parc National Urho Kekkonen, arrêtez-vous quelques heures juste pour ce mont : il en vaut la peine, et vos yeux vous remercieront.

Mes yeux me disent merci ;)

Cliquez sur les photos pour les agrandir

vendredi, 21 mars 2014 15:32

Ivalojoki

Cette semaine je vous parle de Ivalojoki, ou Ivalo River, vous l’aurez compris il s’agit d’une rivière. La rivière fait 180km, mais une partie (70km) réputée comme parcours de canoë entre Kuttura (village d’éleveurs de rennes !) et Ivalo.

Un peu comme le long des pistes de ski, on trouve des refuges le long de cette rivière. Bien qu’elle ne soit pas située dans le parc Urho Kekkonen, c’est bien Metsähallitus* qui est en charge de ces refuges. C’est en hiver, sur la rivière gelée que les rangers apportent du bois et viennent entretenir ces refuges. Car l’environnement escarpé autour de la rivière rend difficile, voire impossible, leur accès lorsque l’on transporte du matériel lourd (comme le bois ou le gaz).

En plus d’être un lieu magnifique, cette rivière a une histoire. Au 19ème siècle, c’est ici que la recherche d’or a commencé. A Kultala (kulta voulant dire or) on trouve donc un village de mineur, restauré de façon à comprendre comment était la vie et le travail des chercheurs d’or. Et évidemment,  tout le long de la rivière, vous pouvez tenter de trouver de l’or.

*Metsähallitus est une entreprise finlandaise chargée de l’exploitation des forêts et de l’entretien des parcs nationaux.

Informations via Metsähallitus

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vendredi, 07 mars 2014 16:08

Parc National Urho Kekkonen

Le parc national Urho Kekkonen a été créé en 1983 et porte le nom d’un ancien président Finlandais. Ce parc fait pas moins de 2 550 km² soit un peu plus grand que la Réunion (2 512 km²). Il est situé au Nord-Est de la Finlande à la frontière avec la Russie. Cette zone frontalière avec la Russie est d’ailleurs interdite au public. Outre cette partie, tout le parc est accessible. La partie ouest est accessible aux plus grands nombres, du fait de la présence d’une route c’est le point de départ des randonnées. Le reste est plus sauvage, malgré la présence de refuges il y a moins de pistes tracées voire pas du tout. Il y a aussi des zones restreintes qui sont accessibles mais selon des règles strictes pour préserver la faune et flore.

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Entrée du parc à Kiilopää - Carte des pistes de ski de fond

Grâce à mon travail avec les rangers et l’utilisation de la motoneige (strictement réservée aux rangers et aux éleveurs de rennes), j’ai la chance de parcourir en long, en large et en travers le parc. Et c’est vraiment un endroit magnifique. Mais même sans aller au plein milieu du parc, moi qui suis débutante en sport d’hiver, je ne prends pas des pistes difficiles et je vois pourtant des paysages splendides et je fais de très belles rencontres (renne, lagopède des neiges, kuukkeli, écureuil…).

Couché de soleil sur Kiilopää

Accessible du débutant au compétiteur, à tous donc, ce parc a un charme fou. Tout comme les nombreux refuges disséminés un peu partout.

Bref un paradis sur terre.

vendredi, 21 février 2014 18:25

Ville de Rovaniemi

Rovaniemi est la capitale de la Laponie Finlandaise et la plus peuplée de la province : une grande ville donc. J’ai toujours une sensation très étrange quand je me promène dans une « ville » en Laponie, parce que c’est terriblement calme. A Rovaniemi il faut vraiment être au carrefour central pour se sentir en ville, avec des voitures et des gens.

Je me suis un peu promenée dans la ville, et honnêtement, elle n’est pas très belle. J’ai entendu une fois, ça fait un peu soviétique. Et c’est l’impression que ça donne effectivement. Des bâtiments froids (sûrement bien isolés ce n’est pas la question je parle du ressenti visuel) qui contraste vraiment avec la chaleur des maisons en bois que l’on voit à travers la Laponie. Mais il y a une raison au pourquoi la ville est moche, parce que c’est un fait, ce n’est pas que mon avis. Allez, petit cours d’histoire : à la fin de la guerre, les Allemands étaient stationnés en Finlande grâce à un accord entre l’Allemagne, la Finlande et la Russie. Mais quand la Finlande a repoussé les Allemands lorsque celle-ci commençait à perdre en puissance, les Allemands ont fini par quitter la ville, mais en ont brulé 90%. Il ne restait plus rien de la ville, il fallait donc tout reconstruire et vite. Vite et donc sans se soucier de la beauté architecturale, le principal étant de se loger et de se nourrir.

Qu’est-ce qu’il y a à faire à Rovaniemi. Les rue piétonnes du centre-ville sont très agréables, c’est sympa de s’y promener fin d’après-midi quand il y a un  peu de vie et assez étrange quand c’est désertique le matin. L’Arktikum à l’écart du centre-ville est juste super et il le petit chemin qui y amène est plutôt agréable (vous pouvez aussi prendre la rue « principale » mais bon c’est moins fun. Juste à côté il y a le musée de Mestähallitus, honte à moi je l’ai pas encore visité, mais ça ne serai tardé. Et toujours dans la ville il y a le Korundi, si vous aimez l’art. Non bon ça reste intéressant de le visiter parce que le bâtiment est un des rares qui date de l’avant-guerre. Et pour finir, hors de la ville, il faut donc prendre le bus, le Village du Père Noël ! Je suis désolée, mais tout bon touriste se doit d’y aller. Ne serait-ce que quelques heures, histoire de rencontre le Grand Monsieur à la Barbe Blanche qui te dis « A Noël Prochain ! ». Et au pire, si vous n’êtes pas fan du Père Noël, vous devez y aller pour voir la limite du Cercle Arctique et y faire une photo !

 

Visitez l'Arktikum et ces 2 superbes musées - Allez donc rencontrer Papa Noël, le vrai, l'unique

 

La Limite du Cercle Arctique - Paris c'est par là

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