SAMES
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Avec la sélection durant l’hiver, le marquage est le deuxième moment de l’année où l’éleveur regroupe ses rennes dans des enclos. Le marquage se déroule entre Juin et Juillet et dure en moyenne deux semaines. L’arrivée des moustiques indique quand commencer, les rennes se regroupent alors pour migrer et fuir les moustiques et les éleveurs peuvent ainsi facilement rassembler les troupeaux et les diriger vers les enclos.

Certains éleveurs n’ont pas assez de rennes pour ne vivre que de l’élevage et ont un autre travail pendant l’été, le marquage se déroule donc la nuit et peut durer jusqu’au matin, selon le nombre de rennes rassemblés.

Le troupeau est amené dans un premier enclos à l’aide des quads. Le bruit quand le troupeau arrive de la forêt est assez incroyable, les sabots frappant le sol, ça me fait toujours penser aux gnous dévalant la vallée sur Simba (cf. « Le Roi Lion »)... Une fois les rennes dans l’enclos principal, on les amène par petits groupes dans un autre enclos plus petit qui va permettre d’attraper les faons afin de leur accrocher un numéro autour du cou.

Pendant cette étape, les éleveurs peuvent aussi castrer les mâles âgés de 5 ans et mettre un collier de couleur autour de certaines femelles. Ce collier a plusieurs objectifs. Le premier est de d’identifier plus facilement le propriétaire du renne, très utile pour que les enfants apprennent à reconnaître les marques de leur famille. Ces colliers peuvent être équipés de bande réfléchissante afin de de rendre le renne plus visible la nuit et d’éviter de nombreux accidents, mais aussi de GPS permettant de localiser le renne et probablement le troupeau. Le collier est aussi une réponse à la menace des prédateurs. En effet, les oreilles du renne peuvent être mangées par le prédateur, empêchant ainsi l’identification du propriétaire.

Une fois ces deux opérations effectuées, on libère les rennes dans un grand enclos. On répète cette opération jusqu’à ce que tous les faons du troupeau aient un numéro.

C’est alors que débute la deuxième étape : la phase d’observation. Les rennes sont dans un grand enclos où ils sont moins stressés par la présence des éleveurs. Les faons cherchent leur mère et les mères cherchent leur petit. Les éleveurs observent et notent quelle mère correspond à chaque petit et donc quel est le propriétaire du faon. Les éleveurs se réunissent une première fois, afin de rassembler leurs observations sur une grille finale : à chaque numéro va correspondre un éleveur. Mais plusieurs éleveurs peuvent avoir relevé le même faon (c’est-à-dire qu’ils ont relevé chacun une mère différente pour un même faon), ils vont alors observer ensemble pour connaitre le propriétaire. L’observation continue ainsi jusqu’à ce que tous les faons est un propriétaire.

Troisième étape : le marquage. Comme pour la première étape, on amène les rennes par petits groupes dans l’enclos central. On doit alors attraper une nouvelle fois les faons, les amener à la personne qui dispose de la liste pour connaitre le propriétaire du faon, et à ce moment-là, l’éleveur peut enfin apposer la  marque du propriétaire et celle de la coopérative sur les oreilles du faon. Les rennes sont alors libérés dans un enclos plus grand puis seront relâchés une fois tous les faons marqués.

Les méthodes pour chaque étape peuvent varier, en fonction du nombre de participants, de la coopérative et de l’enclos (qui dépends du nombre de rennes), mais le principe est toujours le même. Par exemple, certains préfèrent marquer les rennes debout, alors que d’autres préfèrent les marquer au sol.

Le marquage n’est pas une étape comme les autres dans l’élevage de rennes. L’élevage de rennes est un élevage familial et le marquage en est l’illustration car c’est une grande fête familiale. Les enfants sont habitués très jeunes à être au milieu des rennes dans l’enclos (ce qui peut être très impressionnant) et à reconnaitre la marque de leur famille.

J’ai eu la chance de participer à trois marquages, avec deux coopératives différentes. Je les aidais en regroupant les rennes dans les petits enclos et en attrapant les faons. Le fait de les aider m’a permis de m’intégrer plus facilement dans la communauté des éleveurs et j’ai ainsi pu avoir de nombreux contacts qui m’aident pour en savoir plus sur l’élevage de rennes et sur les difficultés qu’ils peuvent rencontrer aujourd’hui. Et hormis un bon coup de boule de la part d’un faon, ces moments resteront une étape très forte de mon voyage en Laponie.

Publié dans Infos Laponie
samedi, 07 juin 2014 13:15

Les prédateurs du rennes de Laponie

En Laponie, les rennes sont semi-domestiques. Ce qui veut dire qu’ils ne sont pas enfermés dans une ferme mais qu’ils se déplacent dans la nature en étant plus ou moins dirigés par l’homme (en fonction des pays mais aussi du choix de l’éleveur). Vivant ainsi librement entre forêt et toundra, ils sont confrontés à des prédateurs.

Les rennes pâturent librement en Laponie, Niilanpää, Finlande

Les prédateurs du renne :

L’ours : cet immense mammifère est trop imposant pour se déplacer efficacement dans la neige. Face à cette difficulté à se déplacer et donc à se nourrir, l’ours a adopté la tactique de l’hibernation : il va dormir d’Octobre à Avril, adaptant son organisme (diminution du rythme cardiaque, rétrécissement de son estomac, baisse de sa température corporelle…) pour passer l’hiver grâce à ses réserves accumulées pendant l’été. Lors de son réveil au printemps il est essentiellement végétarien, jusqu’à l’automne où il va avoir un régime plus de carnivore afin de faire le plein de protéine pour l’hiver à venir. Il cause alors des dégâts dans les troupeaux de rennes.

Un ours en Laponie . Crédit photo : Metsähallitus

Le loup : comme en France, le loup est particulièrement mal aimé des éleveurs. Ce n’est pourtant pas celui qui fait le plus de dégâts dans les troupeaux, mais c’est une crainte ancestrale. Il faut dire que le renne n'est pas assez rapide pour échapper à un loup pour qui il est donc une proie assez facile.

Le lynx : ce félin mesure entre 80 et 130cm et pèse entre 18 et 25kg. Un adulte a besoin de 1 kg de viande par jour et son régime alimentaire s’oriente principalement vers les cervidés c’est-à-dire les cerfs, les élans et les rennes.

Le glouton : cet animal est complétement inconnu en France et pour cause cet animal préfère les régions nordiques. Mais son nom anglais vous dit peut être quelque chose : wolverine. Un glouton c’est un peu comme un ours en beaucoup plus petit (70 à 83 cm), un adulte pèse entre 10 et 25kg. Et contrairement à l’ours, ils se déplacent sans aucun problème sur la neige ce qui facilite sa tâche à la chasse qu’ils pratiquent pour se nourrir mais aussi pour le plaisir. Lorsqu’il ne mange pas toute la carcasse, le glouton cache des réserves dans les arbres. Ce n’est cependant pas dans les arbres qu’il vit et abrite ses petits, mais dans une caverne sous-terraine.

 L’aigle royale : Non, vous ne rêvez pas, des aigles peuvent effectivement s’attaquer à des rennes, à l’aide de ses longues serres et de sa vitesse, un aigle royale a suffisamment de puissances pour s’attaquer à un faon, comme un renne adulte. En Norvège, un grand nombre de rennes sont déclarés  par les éleveurs comme tués par des aigles, mais très peu sont reconnus comme tels par l'Etat. En Finlande c’est assez rare mais quelques cas sont reconnus chaque année.

 

Glouton au musée Saami, Karasjok, Norvège

Ces prédateurs ont-ils un impact sur l’élevage de rennes ?

Il s’agit d’un vrai problème auquel sont confrontés les éleveurs de rennes. En effet, la population de ces prédateurs est en croissance permanente et la situation la plus préoccupante est en Finlande où leur population a juste explosé :

 

Loups

Lynx

Ours

Glouton

Années

1987

2000

1987

2000

1987

2000

1987

2000

Nombres d’animal

105

130

580

855

450

850

55

115

Augmentation

23 %

40 %

89 %

109 %

Nombres de rennes tués

142

270

108

136

179

716

93

1682

Augmentation

90 %

26 %

300 %

1 708 %

Source: Sustainable Reindeer Husbandry – Arctic Concil 2000 - 2002

Le nombre de rennes tués par ces prédateurs a augmenté de 531% entre 1987 et 2000. D’autant qu’à cela viennent s’ajouter les pertes de rennes dues aux maladies et aux accidents (cela représente en moyenne 36 à 15% des pertes de rennes). Si le nombre de perte lié aux prédateurs a autant augmenté c’est notamment à cause du programme de protection de ses prédateurs mit en place par l’Union Européenne. Depuis les éleveurs n’ont aucune solution pour limiter le nombre de prédateurs.

Vous avez peut être remarqué que je n’ai pas exposé de chiffre lié à l’aigle royal. D’une part, parce que, bien que l’aigle royale s’attaque aux rennes, il n’y a pas de statistique le chiffrant. Et d’autre part, parce que la population d’aigles royales est assez faible, notamment du fait de l’étendue de leur territoire par aigle qui limite la possibilité d’une augmentation de la population. Ainsi, la population d’aigle royale est naturellement faible.

Aigle royale dans le parc national Urho Kekkonen, Finlande. Crédit Photo : Metsähallitus

Les Etats payent des compensations face à ses pertes

La Finlande et la Norvège versent une somme compensatoire aux éleveurs lorsqu’un renne est déclaré comme tué par un prédateur et que cela est confirmé par l’Etat. En Norvège, moins de 20% des déclarations sont confirmées. De plus, la compensation ne peut pas remplacer la valeur d’un renne. Car c’est un renne en moins mais c’est aussi une naissance en moins à venir (car le troupeau est majoritairement composé de femelle), un vrai manque à gagner pour l’éleveur.

En Suède, le système de compensation est complètement différent. Les éleveurs ne reçoivent pas une compensation pour un renne tué, mais en fonction du nombre de naissance de prédateurs, chaque  prédateur ayant un quota en fonction du nombre de renne dans la zone d’élevage. La somme compensatoire est alors versé au village pour être redistribuer ensuite aux éleveurs. Ainsi en 1998, un éleveur pouvait recevoir 58€ pour un renne tué, quand la valeur d’un renne vivant est en moyenne de 1 200€.

Ce problème de prédateur existe depuis toujours dans l’élevage de rennes. Et les éleveurs l’ont toujours accepté même si évidemment ils essayent de le limiter. Ce qui pose aujourd’hui problème c’est la croissance très forte de ces prédateurs. Et bien qu’ils soient indemnisés pour les pertes, ces indemnisations ne concernent que les animaux retrouvés. Hors, quand en 2013, 5263 rennes ont été retrouvés tué par un prédateur, on estime que près de 3 000 ne sont jamais retrouvés et donc non indemnisés.

Publié dans Infos Laponie

C’est quoi un renne ?

Le renne est un Rangifer rangifer. Allez, ça c’est dit, maintenant plus simplement, le renne est un cervidé, vous connaissez tous un cervidé : c’est le cerf. Un cervidé est un mammifère ruminant qui possède des bois. Mais la différence du renne avec les autres cervidés, c’est que les mâles comme les femelles portent les bois. Les mâles les perdent vers le mois de Mars, beaucoup plus tôt que les femelles, qui peuvent alors s’en servir pour repousser les mâles pour conserver les meilleurs pâturages.

Un renne femelle, que les Sames appellent aldo, pèse entre 60 et 100 kg et peux vivre jusque 20 ans. Mais les éleveurs les gardent rarement aussi longtemps. En générale elles sont réformées à 8 ans (c’est-à-dire qu’elles sont abattues).

Dans un troupeau, il y a deux catégories de renne mâle : le mâle castré appelé gaskek et le mâle non castré (les reproducteurs donc) appelé varek. Ils peuvent peser entre 90 (pour les varek) et 180 kg (pour les gaskek). Leur espérance de vie est de 10 ans, mais sont réformés bien avant.

Le rut, où période de reproduction, débute en Octobre. Une dizaine de mâles se partage un troupeau d’une centaine de femelles. Après 8 mois de gestation, donc entre Mai et Juin, l’aldo va donner naissance à un petit renne.

Ce petit renne est appelé le faon et les Sames l’appellent miessi. A sa naissance il pèse entre 4 et 6kg, mais il va très vite prendre du poids grâce aux riches pâturages d’été. Cette prise de poids est capitale pour espérer survivre à son premier hiver.

Et qu’est-ce que ça mange ?

Les rennes sont capables de s’adapter à tout type de nourriture et leur alimentation varie selon les saisons.

·         L’hiver (la saison la plus importante en Laponie puisqu’elle dure presque 8 mois), le renne se nourrit presque exclusivement de lichen, capable de résister sous un mètre de neige, le renne creuse la neige à sa recherche. Le flaire du renne lui permet de savoir où creuser pour trouver cette plante, que lui seul peut digérer.

·         Le printemps, le renne migre vers des pâturages d’été (où il passe donc l’été) pour trouver de l’herbe bien verte et très riche qui va lui permettre de prendre du poids et de faire des réserves pour l’hiver.

·         L’automne, le renne est très friand des champignons.

Mais pourquoi élève-t-on des rennes ?

Si les rennes étaient autrefois chassés et qu’ils sont maintenant semi-domestiqués, c’est essentiellement pour leur viande, et oui il faut bien se nourrir. Mais pas seulement. Dans un environnement aussi rude que la Laponie, il n’est pas imaginable de se passer de tout ce que peux offrir un renne : les bois et les os sont notamment utilisés pour l’artisanat Saami (les couteaux, les colliers, bracelets) certifié par le logo Duodji. Et bien sûr, la peau est utilisée pour faire les traditionnels habits Saami et les chaussures. Chaque partie du renne servant pour une partie de vêtement ou de chaussure.

Le renne (vivant évidemment) peut également être utilisé comme animal de trait, autrefois pour tirer les traineaux lors des déplacements, cela est surtout un atout majeur pour le tourisme de Laponie, et aussi pour le Père Noël (évidemment).

 

Voilà, vous savez maintenant que le renne n’est pas seulement utilisé pour faire le tour monde pour vous apporter vos cadeaux de Noël !

Publié dans Infos Laponie